Personnalite du mois Charlie Chaplin

 - Biographie -

 

  

 

Charles Spencer Chaplin est né le 16 avril 1889 ; il était le deuxième enfant d'Hannah Chaplin née Hill (1865-1928) et de Charles Chaplin Sr. (1863-1901).

Il n'existe aucun document officiel sur sa naissance, mais Chaplin considérait qu'il était né dans une maison d'East Street dans le quartier de Walworth du sud de Londre. Ses parents s'étaient mariés quatre ans plus tôt, après que Charles Sr. eût reconnu Sydney John, un fils issu d'une précédente relation d'Hannah avec un homme inconnu.

Au moment de sa naissance, les parents de Chaplin étaient tous deux des artistes de music-hall. Sa mère, la fille d'un cordonnier, menait une carrière sans grand succès sous le nom de scène de Lily Harley tandis que son père, le fils d'un boucher était un chanteur populaire.

Ils se séparèrent vers 1891 et l'année suivante, Hannah donna naissance à son troisième fils, Wheeler Dryden, issu d'une relation avec le chanteur de music-hall Leo Dryden ; l'enfant fut emmené par son père à l'âge de six mois et resta éloigné de Chaplin pendant trente ans.

L'enfance de Chaplin fut marquée par la misère et les privations ce qui poussa son biographe officiel David Robinson à écrire que son parcours ultérieur fut « le plus spectaculaire de tous les récits jamais racontés sur l'ascension des haillons aux richesses ».

Il passa ses premières années avec sa mère et son frère Sydney dans le borough londonien de Kennington ; hormis quelques travaux de couture ou de nourrice, Hannah n'avait aucun revenu et Charles Sr. n'apporta aucun soutien à ses enfants.

Alors que la situation financière du foyer se détériorait, Chaplin fut envoyé dans une workhouse à l'âge de sept ans.

Il indiqua par la suite qu'il y connut une « triste existence » et fut brièvement rendu à sa mère 18 mois plus tard ; Hannah fut rapidement contrainte de se séparer à nouveau de ses enfants qui furent envoyés dans une autre institution pour enfants indigents.

 

 
 
Capture d'écran montrant Charlot devant une foule d'enfants.

 
Les débuts de Charlot dans Charlot est content de lui (1914)
 

Alors qu'il en était au sixième mois de sa tournée américaine, Chaplin fut invité à rejoindre la New York Motion Picture Company ; un des responsables de la société avait assisté à un de ses spectacles et pensait qu'il pourrait remplacer Fred Mace, la star du studio Keystone, qui voulait prendre sa retraite.

Chaplin considérait les comédies de Keystone comme un « mélange grossier » mais appréciait la perspective d'une nouvelle carrière; il signa en septembre 1913 un contrat avec un salaire hebdomadaire de 150 $

Chaplin arriva dans les studios de Los Angeles au début du mois de décembre 1913 et rencontra son responsable Mack Sennett qui pensait que le jeune homme de 24 ans paraissait trop jeune.

Il ne joua pas avant la fin du mois de février et profita de cette période pour se familiariser avec la réalisation cinématographique.

Il fit ses débuts dans le court-métrage Pour gagner sa vie sorti le 2 février 1914 mais détesta le film.

Dans ce premier film, il se présentait comme une sorte de dandy en redingote étriquée, chapeau haut-de-forme et grandes moustaches tombantes. Pour son second rôle, Chaplin choisit le costume de Charlot (en anglais, The Tramp ou vagabond) avec lequel il se fit connaître ; dans son autobiographie, il décrivit le processus :

 

« Je voulais que tout soit une contradiction : le pantalon ample, la veste étriquée, le chapeau étroit et les chaussures larges… J'ai ajouté une petite moustache qui, selon moi, me vieillirait sans affecter mon expression. Je n'avais aucune idée du personnage mais dès que je fus habillé, les vêtements et le maquillage me firent sentir qui il était. J'ai commencé à le connaître et quand je suis entré sur le plateau, il était entièrement née. »

 

Ce film fut L'Étrange Aventure de Mabel mais le personnage de « Charlot » apparut pour la première fois dans Charlot est content de lui tourné peu après mais qui sortit deux jours plus tôt le 7 février 1914.

Chaplin adopta rapidement ce personnage et fit des suggestions pour les films dans lesquels il apparaissait mais elles furent rejetées par les réalisateurs. Durant le tournage de son 11e film, Mabel au volant, il affronta la réalisatrice Mabel Normand et l'incident faillit entraîner la résiliation de son contrat.

Sennett le conserva néanmoins après avoir reçu des commandes pour de nouveaux films avec Chaplin. Il l'autorisa également à réaliser son prochain film après que Chaplin eut promis de payer 1 500 $ (environ 68 000 $ de 2012) s'il ne marchait pas.

Un béguin de Charlot sorti le 4 mai 1914 marqua les débuts de réalisateur de Chaplin et connut un grand succès.

Par la suite, il réalisa quasiment tous les court-métrages de Keystone dans lesquels il joua; Chaplin rapporta par la suite que cette période où il réalisait environ un film par semaine fut la plus excitante de sa carrière.

Il introduisit une forme de comédie plus lente que les farces typiques de Keystone et rassembla rapidement un grand nombre d'admirateurs.

En novembre 1914, il joua avec Marie Dressler dans le long-métrage Le Roman comique de Charlot et Lolotte réalisé par Sennet ; le film fut un succès et accrut sa popularité.

Lorsque le contrat de Chaplin expira à la fin de l'année, il demanda un salaire hebdomadaire de 1 000 $ (environ 45 200 $ de 2012), une somme que Sennett refusa car trop élevée.

 

L'Essanay Film Manufacturing Company proposa à Chaplin un salaire hebdomadaire de 1 250 $ (environ 56 500 $ de 2012) avec une prime d'embauche de 10 000 $.

Il intégra le studio à la fin du mois de décembre 1914 et rejoignit d'autres acteurs comme Leo White, Bud Jamison, Paddy McGuire et Billy Armstrong.

Alors qu'il était à la recherche d'un second rôle féminin pour son deuxième film, Charlot fait la noce, il repéra une secrétaire appelée Edna Purviance dans un café à San Francisco.

Il l'embaucha et elle tourna avec lui dans 35 films; ils eurent également une aventure sentimentale jusqu'en 1917.

Chaplin exerçait un contrôle important sur ses films et il commença à consacrer beaucoup de temps et d'énergie dans chacune de ses réalisations. Un mois sépara sa seconde production, Charlot fait la noce, et sa troisième, Charlot boxeur, et il adopta ce rythme pour ses réalisations ultérieures avec Essenay.

Il modifia également son personnage qui avait été critiqué par Keystone en raison de son caractère « malveillant, rustre et grossier » pour lui donner une personnalité plus douce et romantique.

Cette évolution fut illustrée par Le Vagabond en avril 1915 et Charlot garçon de banque en août qui comportaient un final plus triste. Robinson note que cela était une innovation pour les films comiques et les critiques sérieuses commencèrent à plus apprécier son travail.

L'historien du cinéma Simon Louvish indiqua qu'avec Essanay, Chaplin « trouva les thèmes qui définirent le monde de Charlot».

Immédiatement après ses débuts cinématographiques, Chaplin devint un phénomène culturel. Les magasins vendaient des produits associés à son personnage de Charlot qui apparut dans des bandes dessinées et dans des chansons.

En juillet 1915, un journaliste du magazine Motion Picture Magazine écrivit que la « chaplinite » se propageait en Amérique.

Sa popularité s'étendit également à l'étranger et il devint la première star internationale du cinéma. Alors que son contrat avec Essenay expirait en décembre 1915, Chaplin, pleinement conscient de sa célébrité, demanda une prime d'embauche de 150 000 $ (environ sept millions de dollars de 2012) à son nouveau studio.

Il reçut plusieurs propositions venant entre autres d'Universal, de la Fox et de Vitagraph.

 
Chaplin devint rapidement un phénomène culturel avec des produits sur son personnage de Charlot, 1918.

Il fut finalement embauché par le studio Mutual qui lui accorda un salaire annuel de 670 000 $ faisant de Chaplin, alors âgé de 26 ans, l'une des personnes les mieux payées au monde.

Cette somme élevée choqua le public et fut largement reprise dans la presse.

Le président du studio, John R. Freuler, expliqua que : « Nous pouvons nous permettre de payer ce gros salaire annuel à M. Chaplin car le public veut Chaplin et paiera pour le voir ».

Mutual accorda à Chaplin son propre studio à Los Angeles qui fut inauguré en mars 1916.

Il recruta deux nouveaux acteurs pour l'accompagner, Albert Austin et Eric Campbell, et réalisa une série de films plus élaborés et mélodramatiques : Charlot chef de rayon, Charlot pompier, Charlot musicien, Charlot rentre tard, Charlot et le Comte.

Pour Charlot usurier, il embaucha l'acteur Henry Bergman qui travailla avec lui pendant 30 ans. Charlot fait du ciné et Charlot patine furent ses dernières réalisations pour l'année 1916. Le contrat avec Mutual stipulait qu'il devait réaliser un court-métrage toutes les quatre semaines, ce qu'il avait fait.

Il commença néanmoins à demander plus de temps pour créer ses films et il n'en réalisa que quatre autres pour Mutual dans les dix premiers mois de l'année 1917 : Charlot policeman, Charlot fait une cure, L'Émigrant et Charlot s'évade.

Du fait de leur réalisation méticuleuse et de leur construction soignée, ces films sont considérées comme parmi les meilleures œuvres de Chaplin par les spécialistes du cinéaste. Plus tard, Chaplin indiqua que ses années à Mutual furent les plus heureuses de sa carrière.

Chaplin fut critiqué par la presse britannique pour son absence de participation à la Première Guerre mondiale.

Il répondit qu'il se battrait pour le Royaume-Uni s'il y était appelé et qu'il avait répondu à la conscription américaine ; aucun des deux pays ne lui demanda de s'enrôler et l'ambassade britannique aux États-Unis publia une déclaration indiquant que « [Chaplin] est bien plus utile à la Grande-Bretagne en gagnant de l'argent et en achetant des obligations de guerre que dans les tranchées ».

Malgré ces critiques, Chaplin était l'un des acteurs préférés des soldats et sa popularité continua de grandir dans le monde entier.

Le magazine américain Harper's Weekly rapporta que le nom de Charlie Chaplin faisait « partie de la langue véhiculaire de presque tous les pays » et que l'image de Charlot était « universellement familière ». En 1917, les imitateurs professionnels de Charlot étaient si répandus qu'il lança des actions en justice et il fut rapporté que neuf hommes sur dix qui participaient à des soirées costumées reprenaient son accoutrement.

L'actrice Minnie M. Fiske écrivit qu'un « nombre en constante augmentation de personnes cultivées commencent à considérer le jeune bouffon anglais, Charlie Chaplin comme un artiste extraordinaire et un génie comique ».

First National (1918-1922)

Affiche montrant Charlot l'air triste assis sur un muret en briques à côté d'un petit chien blanc.

 
Une vie de chien (1918) dans lequel Charlot commença à apparaître comme « une sorte de Pierrot » ou « clown triste ».

Mutual ne se formalisa pas de la production réduite de Chaplin et le contrat se termina à l'amiable.

Pour son nouveau studio, son principal objectif était d'avoir une plus large indépendance ; son frère Sydney, devenu son agent artistique, déclara à la presse que « Chaplin doit être autorisé à avoir tout le temps et l'argent nécessaire pour produire les films à sa manière…

C'est la qualité, non la quantité, que nous voulons ».

En juin 1917, Chaplin signa un contrat d'un million de dollars (environ 34 millions de dollars de 2012) pour huit films avec l'association de propriétaires de salles de cinéma First National Pictures.

Il décida de construire son propre studio sur un terrain de 5 acres (20 200 m2) près de Sunset Boulevard avec les meilleures installations et équipements disponibles.

Le studio fut inauguré en janvier 1918 et Chaplin reçut une grande liberté pour la réalisation de ses films.

Une vie de chien distribué en avril 1918, fut son premier film sous ce nouveau contrat. Il y démontra une attention grandissante pour l'intrigue et son traitement de Charlot comme « une sorte de Pierrot ».

Le film fut décrit par le critique français Louis Delluc comme « la première œuvre d'art totale du cinéma ». Chaplin participa ensuite à l'effort de guerre en réalisant une tournée d'un mois aux États-Unis pour lever des fonds pour les alliés.

Il produisit également un court-métrage de propagande pour le gouvernement appelé The Bond.

Son film suivant, Charlot soldat, mit en scène Charlot dans les tranchées ; ses associés le mirent en garde contre une comédie sur la guerre mais il indiqua par la suite que « dangereuse ou non, l'idée m'excitait ».

Le tournage dura quatre mois et le film de 45 minutes rencontra un grand succès à sa sortie en octobre 1918.

Après la sortie de Charlot Soldat, Chaplin demanda plus de fonds à First National qui refusa. Frustré par le manque de considération du studio pour la qualité et inquiet des rumeurs d'une fusion avec Famous Players-Lasky, il se rapprocha de ses collègues Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Griffith pour fonder une nouvelle société de distribution.

La création d'United Artists en janvier 1919 fut une révolution pour l'industrie cinématographique car les quatre fondateurs pouvaient personnellement financer leurs œuvres et avoir un contrôle total sur elles. Chaplin était impatient de pouvoir commencer avec sa nouvelle entreprise et offrit de racheter son contrat avec First National.

Le studio refusa et insista pour qu'il livre les six derniers films qu'il avait promis

 

Photographie de Charlot l'air énervé tenant la main à un petit garçon en haillons

 
Le Kid (1921) avec Jackie Coogan associait la comédie et le drame et fut le premier film de Chaplin à dépasser une heure.

 

United Artists (1923-1938)

L'Opinion publique et La Ruée vers l'or

Ayant rempli ses obligations avec la First National, Chaplin était à présent libre de réaliser ses films en tant que producteur indépendant. En novembre 1922, il commença le tournage de L'Opinion publique.

Il voulait que ce drame romantique lance la carrière d'Edna Purviance et ne réalisa qu'un bref caméo non crédité dans cette production.

Il voulait que le film soit réaliste et demanda à ses acteurs de jouer de manière retenue car il expliqua que dans la vie réelle, « les hommes et les femmes essayent de dissimuler leurs émotions plutôt que de vouloir les montrer ».

La première de L'Opinion publique en septembre 1923 fut acclamée par la critique pour son approche subtile qui était alors une innovation.

Le public semblait cependant peu intéressé par un film de Chaplin sans Charlot et il fut un échec.

Le cinéaste fut affecté par ce revers car il avait voulu réaliser un film dramatique et était fier du résultat ; il retira L'Opinion publique des salles aussi vite que possible.

 

 
Charlot mangeant sa chaussure dans La Ruée vers l'or (1925)

 

 

Capture d'écran montrant Charlot tendant la main à une jeune femme assise dans la rue à côté de bouquets de fleurs.

 
Les Lumières de la ville (1931) est considéré comme l'un des plus grands films de Chaplin.
 

Lorsque le tournage commença à la fin de l'année 1928, Chaplin œuvrait sur l'histoire depuis près d'un an.

Les Lumières de la ville mettait en scène l'amour de Charlot pour une fleuriste aveugle, jouée par Virginia Cherrill, et ses efforts pour lever des fonds pour une opération destinée à lui rendre la vue.

Chaplin rapporta qu'il « avait travaillé jusqu'au bord de la folie pour obtenir la perfection » et le tournage dura 21 mois jusqu'en septembre 1930.

Chaplin finalisa Les Lumières de la ville en décembre 1930 à un moment où les films muets étaient devenus anachroniques.

Une pré-projection ne fut pas un succès mais la presse fut séduite. Un journaliste écrivit : « Personne d'autre que Charlie Chaplin n'aurait pu le faire.

Il est le seul à avoir ce quelque chose d'étrange appelé « attrait de l'audience » en quantité suffisante pour défier le penchant populaire pour les films qui parlent ».

Lors de sa sortie officielle en janvier 1931, Les Lumières de la ville fut un succès populaire et financier qui rapporta plus de trois millions de dollars.

Le British Film Institute le cite comme la plus grande réussite de Chaplin et le critique James Agee évoque son final comme « le meilleur jeu d'acteur et le plus grand moment de l'histoire du cinéma ».

 

Les Lumières de la ville avait été un succès mais Chaplin n'était pas certain de pouvoir réaliser un nouveau film sans dialogues.

Il restait convaincu que le son ne marcherait pas dans ses films mais était également « obsédé par la peur déprimante d'être démodé ».

En raison de ces incertitudes, le comédien choisit au début de l'année 1931 de prendre des vacances et il arrêta de tourner pendant 16 mois.

Il visita l'Europe de l'Ouest dont la France et la Suisse et décida spontanément de se rendre dans l'Empire du Japon. La-bas, il fut le témoin de l'incident du 15 mai 1932 durant lequel des officiers nationalistes tentèrent un coup d'État, assassinant le premier ministre du Japon Tsuyoshi Inukai.

Le plan initial incluait notamment de tuer Charlie Chaplin afin de déclencher une guerre avec les États-Unis.

Quand le premier ministre fut tué, son fils Takeru Inukai assistait à une compétition de sumo avec Charlie Chaplin, ce qui leur a probablement sauvé la vie.

Dans son autobiographie, il nota qu'à son retour à Los Angeles en juin 1932, « [il] était perdu et sans but, fatigué et conscient d'une extrême solitude ».

Il envisagea brièvement la possibilité de prendre sa retraite et de s'installer en Chine.

 

Affiche montrant Charlot avec un bleu de travail rayé. Il tourne le dos à un mur où sont fixés deux gros disjoncteurs manuels qu'il tient dans les mains à la hauteur de sa tête.

 
Les Temps modernes (1936) que Jérôme Larcher décrivit comme « une triste réflexion sur l'automatisation de l'individu ».
 

La solitude de Chaplin fut apaisée quand il rencontra en juillet l'actrice de 21 ans, Paulette Goddard, et ils formèrent un couple heureux. Hésitant encore sur l'opportunité d'un film, il écrivit un roman-feuilleton sur ses voyages qui fut publié dans le magazine Woman's Home Companion.

Son séjour à l'étranger avait été très stimulant pour Chaplin qui avait rencontré plusieurs personnages influents et il s'intéressa de plus en plus aux questions internationales.

L'état du monde du travail américain durant la Grande Dépression le troubla et il craignait que le capitalisme et les machines ne provoquent un fort taux de chômage.

Ce furent ces inquiétudes qui le motivèrent pour développer son nouveau film.

Les Temps modernes fut présenté par Chaplin comme « une satire de certaines situations de notre vie industrielle ».

Il envisagea d'en faire un film parlant mais changea d'avis lors des répétitions. Comme ses prédécesseurs, Les Temps modernes utilisait des effets sonores synchronisés mais presque aucune parole.

Dans le film, l'interprétation en « charabia » d'une chanson par Chaplin donna néanmoins pour la première fois une voix à Charlot.

Après l'enregistrement de la musique, le résultat fut présenté en février 1936. Il s'agissait de son premier film depuis Le Kid à intégrer des références politiques et sociales et ce facteur entraîna une forte couverture médiatique même si Chaplin tenta de minimiser le sujet.

Le film connut un succès moindre que ses prédécesseurs et les critiques furent plus mitigées car certaines désapprouvaient sa signification politique.

Les Temps modernes est néanmoins devenu un classique du répertoire de Chaplin.

À la suite de cette sortie, Chaplin se rendit en Extrême-Orient avec Goddard.

Le couple refusa tout commentaire sur la nature de leur relation et on ne savait alors pas vraiment s'ils étaient mariés ou non.

Quelque temps plus tard, Chaplin révéla qu'ils s'étaient mariés à Canton en Chine durant ce voyage.

Les deux s'éloignèrent cependant rapidement l'un de l'autre pour se consacrer à leur travail ; Goddard divorça finalement en 1942 en avançant qu'ils étaient séparés depuis plus d'un an.

 

Le Dictateur

Capture d'écran montrant Chaplin en uniforme militaire avec une casquette à côté d'un large globe terrestre

 
Chaplin parodiant Adolf Hitler dans Le Dictateur (1940)
 

Chaplin fut profondément perturbé par les tensions politiques et la montée des nationalismes en Europe dans les années 1930 et estima qu'il ne pouvait en faire abstraction dans ses films.

Les observateurs avaient déjà noté les ressemblances entre Adolf Hitler et lui : ils étaient nés à quatre jours d'écart, avaient tous deux accédé à la notoriété mondiale malgré leur origine modeste, et le dictateur allemand portait la même moustache que Charlot.

Cette ressemblance physique fut à la base du film suivant de Chaplin, Le Dictateur, qui se moquait directement d'Hitler et du fascisme.

Chaplin consacra deux années à la rédaction du scénario et commença le tournage en septembre 1939 alors que la Seconde Guerre mondiale venait d'éclater.

Chaplin décida de renoncer au film muet car il estimait que c'était démodé et qu'il serait plus facile de délivrer un message politique avec la parole.

Réaliser une comédie sur Hitler était très délicat mais l'indépendance financière de Chaplin lui permit de prendre le risque : « J'étais déterminé à le faire car on doit se moquer d'Hitler ».

Dans le film, Chaplin s'éloigna de son personnage de Charlot, tout en conservant son accoutrement, en jouant un « barbier juif » vivant dans une dictature européenne ressemblant considérablement à la dictature hitlérienne ; Chaplin répondait ainsi aux nazis qui prétendaient qu'il était juif. Il joua également le dictateur « Adenoïd Hynkel » parodiant Hitler.

Le Dictateur passa une année en postproduction et fut présenté au public en octobre 1940.

Le film fit l'objet d'une importante campagne publicitaire et une critique du New York Times le qualifia de « film attendu avec le plus d'impatience de l'année ».

Il connut un succès populaire considérable même si le dénouement fut controversé. Dans ce final où son personnage de barbier juif a pris la place du dictateur, Chaplin prononce un discours de six minutes face à la caméra, dans lequel il expose ses opinions politiques personnelles.

Selon l'historien du cinéma Charles J. Maland, à une époque où le cinéma évitait les thèmes politiques controversés, cette prise de liberté a marqué le début du déclin de la popularité de Chaplin : « Dorénavant, aucun admirateur ne pourra séparer la dimension politique de sa star de cinéma ».

Le Dictateur fut nommé dans cinq catégories lors de la 13e cérémonie des Oscars dont celles du meilleur film, du meilleur acteur et du meilleur scénario même s'il ne remporta aucune statuette.

 

Monsieur Verdoux et accusations communistes

 

Affiche de film montrant Chaplin l'air arrogant dans un élégant costume blanc

 
Monsieur Verdoux (1947) fut le premier film de Chaplin sans Charlot
et
fut également son premier échec critique et populaire aux États-Unis.
 

Chaplin avança que ces procès avaient « démoli [sa] créativité » et en avril 1946, il commença le tournage d'un film sur lequel il travaillait depuis 1942.

Monsieur Verdoux était une comédie noire sur un employé de banque français, M. Verdoux joué par Chaplin, réduit au chômage et qui commence à épouser et à assassiner de riches veuves pour subvenir aux besoins de sa famille.

L'idée lui avait été fournie par Orson Welles qui voulait qu'il joue dans un film sur le tueur en série français Henri Désiré Landru.

Chaplin estima que ce concept « ferait une superbe comédie » et acheta le scénario à Welles pour 5 000 $ (environ 130 000 $ de 2012).

Chaplin exprima à nouveau ses idées politiques dans Monsieur Verdoux en critiquant le capitalisme et le film fut très controversé à sa sortie en avril 1947.

Il fut hué lors de la première et certains demandèrent son interdiction. Il s'agissait du premier film où son personnage n'avait aucun rapport avec Charlot et il fut également le premier à être un échec critique et commercial aux États-Unis.

Il fut mieux accueilli à l'étranger et fut nommé pour le meilleur scénario lors de la 20e cérémonie des Oscars.

Chaplin était néanmoins fier de son œuvre et écrivit dans son autobiographie : « Monsieur Verdoux est le plus intelligent et plus brillant des films que j'ai réalisés ».

L'accueil négatif de Monsieur Verdoux était largement le résultat de l'évolution de l'image publique de Chaplin.

En plus du scandale de l'affaire Joan Barry, il fut publiquement accusé d'être communiste. Ses actions politiques s'étaient intensifiées durant la Seconde Guerre mondiale et il avait fait campagne pour l'ouverture d'un second front pour soulager les Soviétiques.

Il s'était rapproché de sympathisants communistes connus comme Hanns Eisler et Bertolt Brecht et il participa à des réceptions organisées par des diplomates soviétiques à Los Angeles.

Dans le contexte politique de « Peur rouge » qui prévalait à l'époque aux États-Unis, de telles activités faisaient que Chaplin était, selon Larcher, considéré comme « dangereusement progressiste et amoral ». Le FBI était déterminé à lui faire quitter le pays et il lança une enquête officielle à son encontre en 1947.

Chaplin nia être un communiste et se présenta comme un pacifiste qui estimait que les actions du gouvernement américain pour réprimer une idéologie étaient une violation inacceptable des libertés publiques.

Refusant de se taire sur cette question, il protesta ouvertement contre les procès des membres du parti communiste américain devant le House Un-American Activities Committee (HUAC) et fut convoqué par ce dernier.

Alors que ses actions étaient largement relayées dans la presse et que la guerre froide gagnait en intensité, sa non-acquisition de la citoyenneté américaine fut critiquée et certains demandèrent son expulsion.

Le représentant du Mississippi John E. Rankin (en) déclara devant le Congrès en juin 1947 : « Sa vie à Hollywood est nuisible au tissu moral des États-Unis. [S'il est expulsé]… ses films répugnants pourront être gardés à l'écart des yeux de la jeunesse américaine.

Nous devons l'expulser et nous en débarrasser une bonne fois pour toutes ».

 

Les Feux de la rampe

Capture d'écran montrant Chaplin l'air fatigué en pyjama blanc rayé assis dans son lit. Des photographies d'un personnage ressemblant à Charlot sont accrochées sur le mur derrière lui.

 
Dans Les Feux de la rampe (1952), Chaplin joue le rôle d'une ancienne star de music-hall devant faire face à sa perte de popularité.

Même si Chaplin resta politiquement actif dans les années qui suivirent l'échec de Monsieur Verdoux, son film suivant sur un comédien de vaudeville oublié et une jeune ballerine dans le Londres de l'époque édouardienne était dépourvu de toute signification politique.

Les Feux de la rampe était largement autobiographique et faisait référence à l'enfance de Chaplin, à la vie de ses parents et à sa perte de popularité aux États-Unis.

Parmi les acteurs figuraient plusieurs membres de sa famille dont ses enfants les plus âgés et son demi-frère, Wheeler Dryden.

Après trois ans de préparation, le tournage commença en novembre 1951. Il adopta un ton bien plus sérieux que dans ses précédents films et parlait régulièrement de « mélancolie » en expliquant le scénario à sa partenaire Claire Bloom.

Le film est également notable pour la présence de Buster Keaton et cela fut la seule occasion où les deux comédiens travaillèrent ensemble.

Chaplin décida d'organiser la première mondiale des Feux de la rampe à Londres car le film s'y déroulait.

Quittant Los Angeles, il indiqua qu'il s'attendait à ne jamais pouvoir revenir. À New York, il embarqua avec sa famille à bord du paquebot transatlantique RMS Queen Elizabeth le 18 septembre 1952.

Le lendemain, le procureur général des États-Unis James McGranery révoqua le visa de Chaplin et déclara qu'il devrait se soumettre à un entretien sur ses opinions politiques et sa moralité pour pouvoir revenir aux États-Unis.

Même si McGranery indiqua à la presse qu'il avait « un dossier assez solide contre Chaplin », Maland conclut, en s'appuyant sur les documents du FBI rendus publics dans les années 1980, que le gouvernement américain n'avait pas réellement de preuves suffisantes pour empêcher le retour de Chaplin ; il est même probable qu'il aurait obtenu un visa s'il en avait fait la demande.

Cependant, quand il reçut un câblogramme l'informant de cette décision, Chaplin décida de rompre tous ses liens avec les États-Unis :

« Que je revienne ou non dans ce triste pays avait peu d'importance pour moi. J'aurais voulu leur dire que plus tôt je serais débarrassé de cette atmosphère haineuse, mieux je serais, que j'étais fatigué des insultes et de l'arrogance morale de l'Amérique. »

 

 

 

Photographie en pied de Charlot souriant

 
Chaplin dans son rôle de Charlot en 1915 est considéré comme « l'icône la plus universelle » du cinéma.
 

L'historien du cinéma Christian Hansmeyer a noté que l'image de Charlot fait partie de l'histoire culturelle; selon Simon Louvish, ce personnage est connu même dans les endroits où ses films n'ont jamais été projetés.

Le critique Richard Schickel suggère que les films de Chaplin avec Charlot présentent « les expressions comiques de l'esprit humain les plus éloquentes et les plus riches » de l'histoire du cinéma.

Les objets associés au personnage continuent de fasciner le public et en 2006, un chapeau melon et une canne en bambou ayant appartenu à Chaplin furent achetés 140 000 $ lors d'une vente aux enchères à Los Angeles.

En tant que réalisateur, Chaplin est considéré comme un pionnier et l'une des figures les plus influentes du début du XXe siècle.

L'historien du cinéma Mark Cousins a écrit que Chaplin « a changé non seulement l'imagerie du cinéma mais également sa sociologie et sa grammaire » et avance qu'il joua un rôle important dans l'établissement de la comédie en tant que genre parallèlement à ce qu'avait fait D. W. Griffith pour le drame.

Il fut le premier à populariser les longs-métrages comiques et à ralentir le rythme de l'action pour y ajouter de la finesse et du pathos.

Pour Robinson, les innovations de Chaplin furent « rapidement assimilées et devinrent les pratiques de base de la réalisation cinématographique ». Federico Fellini (qui définit Chaplin comme « une sorte d'Adam duquel nous sommes tous issus »), Jacques Tati (« sans lui, je n'aurais jamais fait un film »), René Clair (« il a inspiré pratiquement tous les réalisateurs »), Michael Powell, Billy Wilder et Richard Attenborough figurent parmi les réalisateurs à avoir cité Chaplin comme une de leurs influences.

 

Récompenses et distinctions

Étoile rouge avec un liseré d'or sur un trotoir noir. « Charlie Chaplin » est écrit en lettres dorées au-dessus d'un emblème circulaire en laiton représentant une caméra.

 
Étoile de Chaplin sur le Walk of Fame d'Hollywood

 

Chaplin reçut trois oscars : un premier oscar d'honneur en 1929 « pour sa polyvalence et son génie à jouer, écrire, mettre en scène et produire Le Cirque », un second en 1972 « pour l'effet incalculable qu'il a eu en faisant des films de cinéma la forme d'art de ce siècle » et l'oscar de la meilleure musique originale (conjointement avec Ray Rasch et Larry Russell) en 1973 pour Les Feux de la Rampe.

Il fut également nommé dans les catégories du meilleur acteur, du meilleur film et du meilleur scénario pour Le Dictateur ainsi que dans celle du meilleur scénario pour Monsieur Verdoux.

 

Filmographie

 

À l'occasion de la publication de son autobiographie, Chaplin établit sa filmographie qui se composait alors de 80 films ; La comtesse de Hong Kong réalisé trois ans plus tard s'y est par la suite ajouté.

En 2010, une copie de La Course au voleur, réalisé en 1914 et jusqu'alors considéré comme perdu, fut redécouverte chez un antiquaire du Michigan portant ainsi sa filmographie à 82 films.

Tous les films de Chaplin jusqu'au Cirque inclus sont muets même si certains ont été réédités avec des bandes sons.

Les Lumières de la ville et Les Temps modernes sont muets mais intègrent des bandes sons composées de musique, de bruitages et de séquences parlées pour le second.

Les cinq derniers films de Chaplin sont parlants.

Hormis La Comtesse de Hong-Kong, tous les films de Chaplin furent tournés au format 35 mm en noir et blanc.

 

Longs métrages